NGUYỄN BỈNH KHIÊM ( 1491 - 1585 )
Prof. Nguyen Dang Thuc

Confucianiste Vietnamien,
Nguyễn-Bỉnh-Khiêm, pseudonyme Bạch-Vân, était originaire de Trung-Am,
dans la province de Hải-Dương. Il naquit en 1491 et fut orphelin de
père de bonne heure, il reçut ses premières leçons d'initiation au
confucianisme de sa mère, femme très cultivée. Adolescent, il entra
à l'école d'un grand confucéen Lương-Đắc-Bằng, très instruit dans
la métaphysique du Yi-King ou Livre des Changement. Après ses
études, n'ayant pas envie de s'engager dans la société politique en
temps de troubles et de désordres survenus à la cour des Lê
décadents, il mena une vie retirée dans son village natal, donnant
des leçons privées sur le confucianisme. Après l'usurpation des Mạc,
l'ordre se rétablit à la cour et sur les insistances de ses
disciples et de ses amis, Nguyễn-Bỉnh-Khiêm se décida enfin à se
présenter au concours officiel, à plus de quarante ans, et fut reçu
premier docteur, en 1535 sous le règne des Mạc. Il remplit les
fonctions de ministre de la Justice avec le titre de marquis
Trình-Toàn, puis ministre de l'Intérieur avec le titre de
Đốc-Trình, d'où l'appellation populaire Trạng-Trình ou Premier
Docteur Trình. Après une courte mais brillante carrière
administrative, il se sentit vite las de la vie mondaine
conformiste. Il se retira à son village natal pour se consacrer à son
enseignement à domicile et à la contemplation de la nature.
Dans sa vie champêtre avec
ses paysans bons et simples, il participa aux oeuvres sociales en
faisant construire des ponts au bord de la rivière Tuyết pour les
piétons, un abri relais pour les voyageurs en face duquel il fit
ériger une stèle en pierre dont l'inscription qu'il composa
lui-même porte le nom " Trung-Tân " ( Rivage central ou Rivage de
l'Invariable milieu ). De temps en temps il accompagna son ami
bouddhiste en pèlerinage au mont An-Tử, berceau de l'Ecole Tch'an
ou Dhyana des Trần, " La Forêt des Bambous ". Au milieu de la lutte
intestine qui divisa la nation entre les puissances rivales, les
Mạc, les Trịnh, les Nguyễn usurpateurs et légitimistes, soutenant la
restauration des Lê , Nguyễn-Bỉnh-Khiêm se tint au-dessus de la
mêlée, jouissant des considérations de tous. Ils le consultèrent au
moment critique sur des problèmes politiques difficiles, et tous,
ils apprécièrent hautement ses conseils et avis .
Il mourut à l'âge de
quatre-vingt-quatorze ans en l'année 1585. Ses disciples nombreux
l'honorèrent du titre posthume de " Tuyết Giang Phu-Tử " ( Maître-sage
de la rivière Tuyết ).
Comme la plupart des
philosophes existentialistes chinois, Nguyễn-Bỉnh-Khiêm qualifié de
métaphysicien vietnamien, n'exposait pas ses idées en système
raisonné mais se contentait de vivre ses idéaux dans l'action et la
méditation. Et il traduisait ses expériences dans ses écrits
inspirés en chinois et en langue nationale comme chez Nguyễn-Trãi
dont il aurait dû subir l'influence. De ses milliers de poèmes, on
conserve à l'heure actuelle quelques centaines parmi lesquels on
peut lire sa pensée sur la conception du monde et ses sentiments de
la nature.
Son inscription sur la stèle
portant le nom " Trung-Tân " (Rivage Central) nous révèle sa foi
profonde dans la bonté originelle de la nature humaine .
" La nature humaine est
naturellement bonne. En s'imprégnant d'impuretés terrestres, en se
couvrant de désirs matériels, la bonté originelle ne conservera plus
parfaitement sa nature première. On commettra tous les actes,
orgueilleux, parcimonieux, criminels, méfaits de toute sorte...
cependant la raison divine originellement dans le coeur humain n'est
jamais définitivement morte " ( Trung-Tân quán bì minh )
Cette conception de l'univers moral rappelle ce qui est écrit
dans l'un des quatre principaux classiques du confucianisme, le
Livre du Centre Invariable, Tchoung-Joung :
" La volonté du Ciel
s'appelle Nature, suivre la Nature s'appelle Voie de la Vertu,
perfectionner la Voie ou la Vertu s'appelle Instruction ".
_ ( Trung-Dung )
Seulement Trạng-Trình avait
changé le titre Tchoung-Joung ci-dessus en Tchoung-Ts'in (
Trung-Tân ) " Rivage central " et il s'expliquait :
" Tchoung ( Trung ) veut dire
' Centre ', accomplir sa bonté naturelle est ' Centre ', ne pas
accomplir sa bonté naturelle n'est pas ' Centre ', ignorer le lieu où
l'on doit s'arrêter, on est sur le ' Rivage d'Illusions ' d'où la
signification du nom donné au Relais-Abri... La signification du mot
Tchoung ( Trung ) réside là où se trouve la plus haute perfection.
Si vraiment on peut le prendre pour rivage à atterrir, et savoir où
est le rivage à atteindre, alors tous les actes qu'on accomplit
seront parfaits et leur effets bienfaisants, incommensurables" _ (
Inscription sur la stèle ).

